Cinéma, terres et graines
Campus Solbosch - Salle UD2.218A Eliane Vogel Polsky
— 18:00 - 20h30Dans le cadre du cours TRANF201 (“Introduction aux enjeux de la durabilité”) et du projet FNRS NICLAC (“Narrative and Imaginaries of Climate Action”), Jade de Cock et Sabrina Parent vous invitent à la projection de deux documentaires, Mère Garab de Mamadou Khouma Gueye et La Jungle étroite de Benjamin Hennot. S’ensuivra une table ronde animée par la Dr Jade de Cock, en présence de Benjamin Hennot et Mamadou Khouma Gueye, ce dernier par visio (depuis le Sénégal).
Mère Garab (Réalisation: Mamadou Khouma Gueye, 2025, 11 minutes)
La fumée monte entre les filaos, une bande de terre du domaine public maritime. Mère Garab y occupe temporairement une parcelle. Celle-ci est une maison sans murs ni porte. Elle y travaille et y forme ses enfants. Elle prend soin des plantes. Elle partage avec les passants sa passion des arbres. La banalité des trois normaux (les trois thés) ouvre une discussion, pudique, philosophique, qui laisse entrevoir et entendre les non-dits. Avec la mousse du thé remonte les questions foncières et l’accès à la terre pour les femmes. Dans cette maison sans porte Mère Garab questionne l'avenir et la place des paysans sans terre.
Mamadou Khouma Gueye est cinéaste, auteur et enseignant, vivant entre Guinaw Rails et Nantes. Formé en Histoire à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, il entre dans le monde du cinéma en militant pour son accès dans les banlieues dakaroises. Il se tourne ensuite vers la réalisation, en s’appuyant sur ses propres ressources et sur l’élan collectif de sa génération pour produire et diffuser leurs films. Sélectionné en Compétition Internationale à Visions du Réel 2025, son premier long métrage, Liti Liti (L’Attachement), archive la mémoire des quartiers populaires de son enfance, voués à disparaître au nom du développement ferroviaire du Sénégal. Fidèle à ses engagements, Mamadou défend depuis toujours l'idée que l'art doit faire une place aux gens ordinaires et contribuer à rendre visibles des réalités sociales et politiques parfois difficiles.
La Jungle étroite (Réalisation: Benjamin Hennot, 2013, 57 minutes)
Ancien syndicaliste de combat, Gilbert Cardon (décédé en 2020) est un des piliers de l'association "Fraternités Ouvrières", située à Mouscron. Il y assure la permanence hebdomadaire, où il ne manque jamais d'envoyer les visiteurs se perdre dans son jardin-verger expérimental, sorte de dédale vivrier et luxuriant, et y dispense gratuitement des cours de jardinage, en initiation aux autres règnes du vivant. Tantôt encore il y expose les conditions de réalisation de l'immense grainier occupant la salle polyvalente, nécessairement collectives.
Licencié en Langues et Littératures Romanes, commentateur de l’œuvre de Clément Pansaers et spécialiste de l’influence du taoïsme sur le mouvement Dada, Benjamin Hennot adore l’histoire des vaincus, spécialement lorsqu’ils triomphent. Aussi ses films racontent-ils les histoires qu’il préfère : l’Histoire des mouvements populaires. La Jungle étroite (2013) nous plonge au coeur des "Fraternités ouvrières" de Mouscron, qui ont réussi l'amalgame jouissif de la permaculture et de l'éducation populaire, mettant la biodiversité vivrière à la portée de toutes et tous. La Bataille de l'Eau Noire (2015) raconte la prodigieuse victoire anti-technocratique des anti-barragistes couvinois de 1978, au rythme des émissions de leur radio clandestine, qui fut la première radio libre de Belgique. Stan & Ulysse l'esprit inventif (2018) raconte une guerre de Libération, celle de deux jeunes Bruxellois devenus les rois du sabotage durant la Seconde Guerre mondiale. Son dernier film, Détruire rajeunit (2021) retrace les grandes grèves belges de l'hiver 1960-1961, dont les témoignages de première main sont contés par des jeunes comédien(ne)s. Et si c'était dans les angles morts de l'Histoire qu'on trouvait ce qu'elle produit de plus vivant ?
Entrée libre.